Les mensonges de Waterloo. Bernard Coppens.

Bernard Coppens est décidé à s’attaquer au légendaire génie militaire de Napoléon Bonaparte et à tous les historiens qui  ont contribué à forger ce mythe selon lui.

L’attaque est violente, sans concession, un peu à la manière de Roger Caratini.

L’auteur va se servir de la campagne de 1815 et de la bataille de Waterloo, la dernière de l’Empereur des Français, pour édifier son œuvre de destruction.

Dans « Waterloo, les mensonges – les manipulations de l’Histoire en in révélées », au travers de plus de 500 pages, Bernard Coppens se livre à un réquisitoire accablant et sourcé. Le constat est sans concession: Napoléon s’est trompé sur toute la ligne !

Parmi les erreurs de l’Empereur:

  • erreur de casting dans l’attribution des commandements et des tâches (Ney, Grouchy, Soult, Jérôme,…)
  • erreurs dans les manœuvres (mais que fait donc le 1er corps le 16 juin entre Quatre-Bras et Ligny ? Mais quelle est cette mission confiée à Grouchy ?)
  • erreurs de repérage (il aurait confondu le village de Mont Saint-Jean avec la ferme de la Haye Sainte…)
  • erreurs de reconnaissance du champs de bataille
  • erreur de couverture de son aile droite face aux Prussiens de von Bulow
  • erreurs tactiques (l’utilisation du IIème corps, la charge de cavalerie, l’assaut des quatre bataillons de la Garde,…)

Mais au delà de ces bourdes qui expliquent en grande partie la défaite, Bernard Coppens pointe la mauvaise foi impériale quant à la relation de la bataille dans les années qui suivirent:

  • il charge ses subordonnées de toutes ses erreurs
  • il travestit les faits pour minimiser sa responsabilité dans l’échec
  • il fait croire qu’il avait tout anticiper

Quant aux historiens, si Thiers et Houssaye sont particulièrement visés quant à leur complaisance envers le grand homme, d’autres comme Lachouque et plus récemment Jacques Logié et Jean-Claude Damamme ne sont pas ratés non plus !

Bon, après avoir relaté le procès à charge mené par Coppens, quelles sont mes remarques sur l’ouvrage ?

Tout d’abord, il est bien utile ! La remise en cause, argumentée et sourcée, de bien des « certitudes » est toujours une œuvre salutaire favorable à la prise de recul. Là, Coppens atteint son objectif.

Par contre, tout à son propos de déconstruction, il rate pour moi sa cible car il en fait trop, s’attardant sur des détails, n’hésitant pas à se répéter de multiples fois, chargeant trop régulièrement la mule… En attaquant le Napoléon par Waterloo, il donne trop l’impression de vouloir détruire le mythe global du grand capitaine. Et là, il ne saurait être convaincant selon moi.

Car quoi ! La plupart des passionnés de l’Empire savent que l’Empereur tournait toujours les événements à son avantage ! Ne disait-on pas « menteur comme un Bulletin (de la Grande Armée) ? Tout le monde sait que le Napoléon de 1815 est usé physiquement et moralement par près de 20 ans de campagne et un règne épuisant. Il fallait bien que cela cesse et ce fut à Waterloo.

Pour ma part, j’ai apprécié l’immersion dans l’historiographie de la bataille, les thèses qui s’opposent, les témoignages contrant les témoignages. Mais l’esprit général de l’ouvrage m’a paru bien trop à charge et c’est dommage. Il manque aussi, s’il s’agit des mensonges de Waterloo, une analyse en profondeur des écrits et analyses historiques en Grande Bretagne et en Allemagne.

Je pense également que, si Bernard Coppens, est un connaisseur authentique des guerres napoléoniennes et particulièrement de la campagne de Belgique, il n’est pas vraiment un écrivain et cela se ressent aussi dans la construction globale de l’ouvrage et dans l’écriture. Cela affaiblit, je pense, la présentation des thèses de l’auteur.

Mais ne nous y trompons pas, nous avons là un ouvrage de fond, intéressant, utile, ouvrant bien des pistes. Il a donc toute sa place dans une bibliothèque consacrée aux guerres napoléoniennes ou au grand homme !

Chez Jourdan Editeur en 2009.

 

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38 Responses to “Les mensonges de Waterloo. Bernard Coppens.”

  1. Charles Antoine dit :

    Toute sa place dans une bibliothèque peut être, mais pour mieux le réfuter! 😉

    • Charles Antoine dit :

      Il reste à écrire le tome II les manipulations de Bernard Coppens enfin révélées …

      • jlsynave dit :

        Pas de problème sur ces deux points. Thèses et contre-thèses. Mais la défaite sans appel de l’un fut aussi la victoire des deux autres ! Car quoi, au final, notre Empereur préféré s’en ait quand même pris une belle avec bien des bourdes sur la journée du 18 juin mais pas seulement. Coppens est, au bas mot, irritant à l’inverse du Barbero que j’ai trouvé passionnant ! Merci d’être passé par ici, Charles-Antoine ! 😉

  2. Charles Antoine dit :

    Les allemands, c’est toujours eux qui gagnent à la fin, comme au ballon … Sauf dans G&H ! 😉

  3. […] bel exercice de « remue méninges » tout comme d’ailleurs « Les mensonges de Waterloo » de Bernard Coppens. Finalement, la belgitude me gagne… comme Bernard Arnault […]

  4. Dangralle dit :

    Surprenante (s) analyses(s) : et Barbero et Coppens contiennent des erreurs, d’ensemble et de détail.
    Et parfois de grosses erreurs; Pour Barbero c’est normal il n’est pas historien militaire comme le prétend l’éditeur français (dans aucune autre langue Barbero n’a été présenté comme historien militaire), mais médiéviste et romancier. donc le meilleur médiéviste qui connaît Waterloo.
    Coppens, un autre cas de figure qui fait semblant d’ignorer des critiques faites bien avant lui, présente comme nouvelles des remarques anciennes, et prétend que Napoléon ne savait pas lire les cartes, ce qui paraît excessif…
    Que Napoléon ait cherché à cacher et minimiser ses erreurs est une chose, bien connue depuis longtemps. Uniquement du marketing de la part de Coppens qui fait rigoler les vrais connaisseurs de la bataille. A bon entendeur…

    • jlsynave dit :

      « A bon entendeur… » ? Pas compris. Pour ma part, je ne sais ce qu’est « un vrai connaisseur de la bataille ». Dans tous les cas, Barbero et Coppens resteront dans ma bibliothèque ! 😉

      • Dangralle dit :

        « A bon entendeur » : l’avertissement est pourtant clair. Ces livres n’apportent rien qu’on ne sache déjà, et pire, ils reproduisent des erreurs, voire même en ajoutent. Sous couvert de nouveauté.
        Chacun a le droit d’avoir ce qu’il veut dans sa bibliothèque. Personnellement je les garde aussi, mais sûrement pas pour les mêmes raisons.
        S’il s’agit de lire du roman historique compassionnel on peut trouver mieux que Barbero. S’il s’agit de critiquer Napoléon dans la campagne de 1815, on peut aussi trouver mieux que Coppens.
        Les vrais connaisseurs, ce sont ceux qui connaissent vraiment la campagne, ils ne sont pas nombreux,
        ce ne sont pas les comiques, ou ceux qui font des petits coups éditoriaux, vu ? Barbero dans la première catégorie, Coppens dans la seconde.
        Un peu d’esprit critique, que diable !

        • Bir Hacheim dit :

          @Dangralle: oh peut-être que ces livres n’apportent « rien qu’on ne sache déjà » aux « vrais connaisseurs » de la bataille ! On sait « ceux qui connaissent la campagne et qui ne sont pas nombreux ». 😉 Au delà du sens critique qui permet de qualifier Barbero d’auteur de « roman historique compassionnel » ou Coppens de spécialiste des « petits coups éditoriaux », il faut juste aller au bout du raisonnement et ne pas garder que « pour les connaisseurs » la bibliographie de référence indispensable sur le sujet !
          Un peu d’esprit de partage, nom de d… ! 😉

  5. Dangralle dit :

    Mon cher Rombier, ce n’est pas « oh peut être » , c’est la réalité.
    Un exercice salutaire : prendre les bibliographies respectives de Coppens et Barbero et les comparer. Le premier, dans un savant mélange, (ce qui sur le plan de la méthode ne teint pas debout) nous donne une partie des sources et quelques très maigres titres d’historiographie, en excluant soigneusement énormément nombre de livres britanniques.
    Le second nous donne une biblio qui se veut informative et contient de bonnes références. Mais il manque plusieurs titres importants. Et l’utilisation de l’historiographie laisse penser qu’il s’y est un peu perdu, si tant est qu’il l’ait vraiment lue. Et il y a en outre des erreurs qui montrent qu’il ne sait pas de quoi il parle ; par exemple, dire que Hosfchrauer est « novateur » , c’est se moquer du monde, cet auteur là ne fait que reprendre des historiens allemands du 19es, en ajoutant quelques extraits de sources, et placer Fayolle dans la bibliographie est du plus haut comique, (et au passage, dans les sources, prétendre que les témoignages de Combes-Brassard,, Jolyet, Desales avaient été « jusqu’ici à peu près ignorés de l’historiographie » l’est encore davantage).Voilà en bref une preuve du désarroi de certains universitaires qui navrés de voir leurs livres sérieux mal se vendre , font des produits plus vendables, genre histoire plausible mais …par exemple nous dire que « le maréchal caracolait » , c’est de l’invention pure et simple, aucun témoin n’a jamais dit une chose pareille.
    Je répète l’éditeur se moque du monde en prétendant que Barbero est « spécialiste d’histoire militaire ». Comme l’aurait dit n’importe que Français Libre : de la foutaise, mais c’est comme çà qu’on traite le lectorat chez nous.
    Alors que lire ? La suite au prochain numéro. Un dernier point, parmi les « vrais connaisseurs  » il y a ceux qui ont écrit des articles sans publier de livres…

    • jlsynave dit :

      Merci de ces précisions toujours utiles. J’attends, avec impatience,… le prochain numéro… Et qui sont ces auteurs d’articles n’ayant pas écrit.. de livre ? 😉

      Pour ce qui est des bibliographies, je n’ai pas les ouvrages sous la main mais j’avais noté chez Coppens une absence notable de sources britanniques et allemandes. En même temps, quel jugement portes tu sur les monographies consacrées par Coppens à différents épisodes de Waterloo, il y a de cela plus d’une décennie ?

  6. Dangralle dit :

    Désolé , réponse avec un peu de retard …
    aux alentours du 14 février j’ai des obligations incontournables et après il a fallu faire face à un autre genre de fièvre, et beaucoup moins agréable.
    Hors donc :
    Pour les auteurs qui restent en Français : Charras, Houssaye, Margerit, tous avec des parti-pris, mais…
    Pour les livres récents, Adkin en anglais, Schulten (néerlandais), en Français tirent honorablement leur épingle du jeu, mais pas plus. Là encore avec parti-pris…
    Pour les auteurs qui n’ont écrit que des articles, voir Waterloo l’Europe face à Napoléon, Credit Communal, Belgique, 1990, plusieurs auteurs (Belges), dépassé sur quelques points, reste une lecture intéressante.
    En anglais voir les articles de A. Hussey, First Empire, divers numéros de cette revue.
    Les monographies ont le mérite de publier quelques passages (d’auteurs ou de témoins) difficilement trouvables ailleurs. Mais guère plus. Coppens y a participé mais pas jusqu’au bout de l’aventure, il y a aussi commencé à présenter des interprétations développées plus tard. Au total, un vrai foutoir, très mal organisé, parfois même, confus.
    Voilà !

  7. jlsynave dit :

    Pas de problème pour le délai, on a tous des occupations, en dehors de nos hobbies ! 😉
    Donc finalement pas beaucoup d’ouvrages de fond sans parti-pris ? 😉 Je dois avoir l’ouvrage édité par le Crédit Communal en Belgique. Faudrait que je le ressorte. Dans tous les cas, merci. 😉

  8. vélite des temps modernes dit :

    Bonjour,
    Dangralle (et Charles-Antoine avant ne s’est pas abusé non plus)a résumé l’essentiel concernant le livre de Coppens, qui fait et fera effectivement beaucoup rire quiconque vérifier(a) l’absence de pertinence de ses thèses farfelues. Il n’apporte rien de novateur -sauf dans le n’importe quoi car pour ça, il est innovant- malgré ce qu’il laisse à penser, et en outre certaines « trouvailles » ubuesques trompent sciemment les candides lisant ce livre sans bien connaître cette campagne, et les naïfs qui prennent pour argent comptant le montage d’extraits de sources auquel il se livre à dessein, en éludant quasi-systématiquement les extraits de sources -très souvent les mêmes sources- qui contredisent sans coup férir ses assertions fantaisistes.
    Voici deux ans, je me suis livré au petit exercice que voici :
    http://napoleon1er.perso.neuf.fr/waterloo-mensonges.html

    J’ai continué depuis et continuerai sur d’autres points. Coppens, tout en m’invectivant -comme bien d’autres avant moi- via forum interposé a, suite à cet exposé, modifié en catimini ses écrits sur son site internet concernant la position du 6e corps, tout en affirmant plus tard sur un forum ne rien changer à ses thèses alors qu’il l’avait fait entre temps pour celle-ci… Pas de chance, j’avais vu sa modification -c’était tellement prévisible- et n’avait rien dit pendant quelques mois, jusqu’à ce qu’il fanfaronne. Peu après, j’ai sorti la petite magouille et depuis, ça ne fanfaronne plus.
    Bref, à l’instar de Ribbe ou Caratini, tous les moyens sont bons pour raconter n’importe quoi, et présenter comme des fanatiques et/ou imbéciles les historiens, chercheurs etc. d’hier et d’aujourd’hui -et tous les autres- dont l’objectivité aurait été annihilée depuis deux siècles par le mythe forgé par Napoléon (y compris ceux qui l’ont critiqué, comme Charras ou Quinet, par exemple)…
    C’est grave, docteur ?
    Effectivement, nous sommes dans le comique, ce n’est pas interdit, mais c’est juste du comique et pas du bon. D’ici 2015, nous n’avons pas fini de rigoler, le bicentenaire arrive, probable qu’il continue à drainer ses illuminés de tous bords…
    En conclusion, ce livre porte bien son titre, il est bourré des mensonges et des manipulations de son auteur.
    Le rombier, pour l’essentiel vous vous êtes fait rouler, à lire votre commentaire.
    Cordialement.

    • jlsynave dit :

      Pa d’état d’âme pour ma part. Je prends autant de plaisir à lire la thèse de Coppens que les commentaires – parfois virulents – de ses détracteurs. Comme je l’ai dit plus haut: thèse et anti-thèse. Si ma critique portait plus sur la forme que sur le fond, c’est que je ne suis pas l’un des « spécialistes de la bataille ». 😉 Mon regret est de constater est que dans l’historiographie récente proposé par Dangralle, il n’y a guère d’auteurs français. Au final, on pouvait penser que deux cent ans après tout était apaisé. Ce n’est pas le cas ! Quand au bicentenaire de 1815, je crains que du côté français ce ne soit le silence assourdissant… D’ici peu à ce qu’on nous vende ça comme la fin de la dictature et le début de l’europe… Ah oui, je maintiens: je garderai Barbero et Coppens dans ma bibliothèque ! 😉 Merci d’être passé ici et d’avoir déposé un long commentaire. Bon week-end !

  9. vélite des temps modernes dit :

    Bonjour,
    heureusement que vous pouvez garder Barbero et Coppens dans votre bibliothèque ! J’ai bien celui de Coppens mais ce n’est pas pour l’histoire mais la rigolade, et celui qui en héritera sera gâté, il aura deux livres en un, au vu du nombre de mes remarques… j’espère qu’il rira autant que moi en lisant ce pamphlet de faible niveau, par un type en quête de notoriété. Ce n’est pas un crime, et tancer ce genre de comportement par les mêmes arguments que ceux censés être à l’oeuvre n’en est pas un non plus : c’est ainsi que depuis 5 ans, je m’amuse à mettre en exergue les mensonges et manipulations de Coppens à partir des sources dont il se revendique pour ses révélations venues d’une imagination débordante…Et j’ai même eu affaire en direct à ses méthodes sur un forum, je sais de quoi il en retourne. Je continue à démonter ceci et ce ne sont pas ses gesticulations ni celles de ses petits copains qui y ont changé et y changeront quoi que ce soit. Que voulez-vous, je suis un fanatique, un partisan de la légende, un gars de mauvaise foi, etc. autant que joyeusetés dont m’affublent depuis quelques années ces farouches partisans de la vérité historique.

    Thèse et antithèse, bien sûr. Tenez, par exemple, le créationnisme face à Darwin, c’est thèse et antithèse et il y a des gens qui croient au créationnisme. Il n’est pas interdit de croire n’importe quoi, ça peut éventuellement être dangereux mais ce n’est pas interdit. En matière d’histoire, il est tout de même plus aisé d’aborder les choses de manière un brin rationnelle. Par exemple, affirmer que des sources valident la position du 6e corps à tel endroit au début de la bataille alors que ces sources n’évoquent le 6e corps qu’à partir de 15 heures, c’est une supercherie dans laquelle Coppens s’est allègrement jeté depuis plus de 10 ans. Et modifier le site en catimini par la suite pour tenter de s’en sortir sans reconnaître le fait (sachant que j’ai évoqué ceci dès 2008 en sa présence sur un forum et qu’il s’est défilé à ce moment, pour faire court, et que sa modification eut lieu en 2011 après la mise en ligne de l’exposé évoqué dans le message précédent), c’est probablement un acte humaniste puisqu’il se revendique de cette vertu sur son site. Faut bien rire un peu, non..
    Je ne me considère pas non plus comme un spécialiste (j’en connais un qui lui, s’est autoproclamé historien, faut bien rire toujours) mais je sais lire et il suffit de reprendre les sources citées (et aussi celles volontairement omises) dans leur version complète -et non des extraits choisis et présentés à dessein comme disant ceci ou cela- pour s’apercevoir rapidement des velléités de l’auteur.
    Vous évoquiez ci-dessus avec Dangralle les monographies, connues sous le nom de « carnets de la campagne ». Je pense qu’il s’agit de bonnes synthèses -textes (si l’on excepte les divagations de Coppens sur les 4 premiers numéros), uniformologie, cartes- sachant que les témoignages parfois contradictoires ne rendent pas aisé une présentation claire des faits, sinon voici longtemps que les controverses n’en seraient plus. Mais il y a une différence entre controverses et tromperies.
    Voici un autre exemple : dans le n°4 consacré à la Papelotte, pages 36 à 39, vous avez un laïus sur Marbot, sa mission, ses prétendus mensonges volontaires (idem dans le bouquin de 2009). Les accusations sont sans concession. Et bien, page 39, Coppens a trouvé le moyen introuvable -comme Grouchy ! (c’est pour rire)- de tracer les itinéraires des patrouilles envoyées par Marbot vers Lasne et Mousty, d’après les 2 lettres de Marbot. Seul problème, Marbot n’a jamais précisé quels itinéraires précis les patrouilles ont pris, si elles ont suivi ou non le même chemin au départ ni même si elles sont parties en même temps. La patrouille vers Mousty a tout a fait pu s’y rendre en passant au sud du bois de Paris, par exemple. Mais Coppens n’en a cure, il fait sa salade, fait cheminer les 2 patrouilles via le bois de Paris et l’affaire est pliée, circulez, vous n’avez qu’à le croire. C’est amusant, non ? Mais absolument pas rigoureux.
    Quant au fait que les choses soient apaisées ou non, rassurez-vous, pour ma part, je m’amuse beaucoup puisque je sais depuis plus d’une décennie que Coppens affabule. Mais comme Coppens et ses amis m’ont classé dans la catégorie des fanatiques aveuglés par le mythe napoléonien, j’ai décidé de m’amuser en conséquence. Ceci leur permet de trouver un échappatoire pour ne pas assumer leur responsabilité quant à la version tronquée qu’ils distillent sur cette campagne.
    Et tout ceci étant écrit, si ça ne leur plaît pas, qu’ils portent plainte. J’ai déjà eu droit à de grandes gesticulations, à l’honneur bafoué etc. mais bizarrement, sans suite hormis les habituels moulinets. Je pourrais en raconter bien d’autres sur le comportement de ces braves gens.
    Hilarant, isn’t it ?
    Et puis, d’ici 2015, Coppens a prévu de faire un autre livre d’après ce qu’il avait écrit jadis, sur la totalité de la campagne de 1815 cette fois, si j’ai bien compris. Voilà qui promet. Je n’ose imaginer, aussi, le contenu des conférences qu’il projette sûrement de proposer aux foules ébahies, lors du bicentenaire. Imaginons qu’il se trouve un(des) trublion(s) pour lui poser des questions en pleine conférence, sur ses méthodes, ses supercheries, ça promet aussi !

    Ce que vous n’avez pas bien perçu, à lire votre commentaire, c’est que ce livre de 2009 n’est pas une histoire de la campagne mais l’exposé des manipulations que Coppens prête à Napoléon et l’indulgence voire la complicité voulue et/ou la cécité de ceux qui n’y ont vu que du feu depuis deux siècles. Du moins, c’est la version de Coppens. En ce sens, il n’avait pas à exposer les restitutions orientées de Britanniques, dans ce livre, même s’il fait référence de temps en temps à Siborne ou autres.
    Il faut bien lire ce que Coppens écrit et puis ensuite, bien vérifier…

    Si vous voulez d’autres exemples de ses fabuleuses trouvailles, à votre service. Et ceci n’est en rien une velléité pour vous inciter à ne pas garder ce chef-d’oeuvre dans votre bibliothèque 🙂

    Tout ceci est à prendre avec un humour généreux, le destin de l’humanité ne se jouant pas là…
    Cordialement.

    • Bir Hacheim dit :

      J’aime bien cette approche là avec les traits d’humour en plus. 😉
      A défaut d’être spécialiste, ma passion pour l’Empire reste entière. Si vous avez de bons ouvrages de bons historiens à recommander à moi même et à mes lecteurs réguliers, nous sommes preneurs bien évidemment. Bonne semaine.

  10. vélite des temps modernes dit :

    Pour bien comprendre cette campagne, la lecture et le recoupement d’une multitude de sources (souvent reprises ou révélées par les classiques français, britanniques ou allemands mais pas uniquement) s’avère indispensable. Si ça ne permet pas de résoudre toutes les interrogations, au moins, ça permet de discerner les erreurs de tel ou tel ou mieux encore, de ne pas se laisser enfumer par un type forcément pourvu des meilleures intentions..

    Le rombier, vous appréciez l’humour, moi itou. Je vous convie donc, ainsi que vos fidèles lecteurs qui vagabonderaient ici, à une nouvelle escapade dans les incomparables révélations de Coppens. Je vous laisse le temps de récupérer votre exemplaire de son « Waterloo les mensonges »… Est-ce fait ? C’est fait ! Bon, accrochez vos zygomatiques car ils risquent d’être soumis à rude épreuve. Après une mise en exergue du miracle accompli pour la position du 6e corps au début de la bataille et celui du parcours détaillé des patrouilles envoyées par Marbot, je vais conter celui de la découverte de la menace prussienne, à travers quelques exemples vu par le prisme coppensien. Selon lui, Napoléon aurait menti à ce sujet, il n’aurait su qu’il y avait des Prussiens à droite seulement lors de leur attaque, vers 16h30. Donc, la capture d’un hussard prussien rapportée par Marbot et Napoléon notamment, vers 13 heures, serait fausse, la lettre de 13 h de Soult à Grouchy serait vraisemblablement un faux. Le témoignage de Baudus ne pèserait pas grand chose car écrit en 1840 et de plus, Baudus, aide de camp de Soult, aurait à coeur de défendre celui-ci, donc de participer au gigantesque complot contre la vérité ourdi par Napoléon et nombre de témoins, etc…
    Ceci est développé dans le chef-d’oeuvre « Waterloo les mensonges » et son site internet, notamment.

    Bon, amusons-nous. Comment donc expliquer que Coppens, qui évoque page 321 la lettre écrite par Soult à Davout, datée du 18 à une heure et quart -donc dans les mêmes moments que celle écrite pour Grouchy avec le fameux P.S. et dont l’authenticité est contestée par Coppens-, comment expliquer donc que notre pourfendeur de mensonges « oublie » que cette lettre à Davout contient elle aussi un P.S. dont voici le contenu : « il est deux heures et demie ; la canonnade est engagée sur toute la ligne ; les Anglais sont au centre, les Hollandais et les Belges à la droite des troupes allemandes, les Prussiens sont à la gauche ; la bataille est générale ; quatre cents bouches à feu tonnent en ce moment. »

    Bigre, ce P.S. a été écrit à 14h30 ! Donc à cette heure, donc bien avant 16h30, Soult sait que des Prussiens sont à la gauche des alliés, donc à droite des Français..
    Coppens « oublie » ce petit détail, vous pouvez lire et relier son bouquin, vous n’en trouverez pas mention. Comment donc expliquer cet « oubli » de la part de cet historien autoproclamé ? Chacun répondra selon son goût 🙂

    Et Coppens a tellement de soucis avec sa mémoire qu’il « oublie » aussi l’extrait ad hoc du témoignage de Rogniat, auquel il se réfère pourtant en d’autres circonstances, lorsque ça l’arrange. Rogniat commandant le génie de l’armée française, il faisait donc partie de l’EM, se tenait près de Napoléon. Qu’a t’il écrit sur cet épisode ? Ceci : « […] Le général français n’attaqua l’armée anglaise qu’à une heure. Déjà l’on apercevait sur la droite, dans la direction de Saint-Lambert, une tête de colonne : c’était le corps de Bulow, qui de Limale, où il avait passé la Dyle, s’avançait sur le flanc droit des Français [..] ».
    Rogniat ne s’est pas privé de critiquer Napoléon dans son ouvrage de 1818, qui fut même lu et réfuté par Napoléon depuis Sainte-Hélène, Rogniat répondant ensuite aux critiques impériales.
    Mais il écrit tout de même que l’on apercevait sur la droite une tête de colonne, pour 13 h environ.
    Seule conclusion possible : Rogniat fit aussi partie du complot bonapartiste pour dissimuler la vérité au monde !

    Continuons : pages 381 et 382, Coppens fait laïus sur les Grouchy (le père, maréchal bien connu, et son fils Alphonse, colonel de cavalerie à Waterloo, dans la division Domon). Il offre une énième démonstration époustouflante de son savoir en citant un extrait d’une lettre écrite par le maréchal Grouchy en 1818 à un journal américain (il est alors exilé aux USA). Selon Coppens, sa teneur corroborerait d’autres témoignages cités comme validant le fait que ce n’est que vers 16h30 que Napoléon sut qu’il y avait des Prussiens à l’est. Et Coppens conclut en écrivant -page 382- « Ce qu’il y a de plus curieux dans toute cette affaire, c’est que Grouchy, lorsqu’il rapporte cette anecdote, la situe vers 1 heure, comme si Napoléon avait effectivement vu les Prussiens à Chapelle Saint-Lambert, couvrant ainsi un « mensonge officiel » ; qu’il n’y fera plus allusion par la suite ; que Alphonse de Grouchy, qui consacrera sa vie à défendre l’honneur de son père, ne racontera jamais rien sur son rôle le 18 juin.
    N’est-ce pas là que se trouve le véritable « mystère de Waterloo ? »

    Voilà la jolie conclusion coppensienne. Ainsi, dans cette lettre de 1818, le maréchal Grouchy corrobore le fait que Napoléon savait qu’il y avait des Prussiens sur sa droite vers 1 heure. Comment Grouchy aurait-il pu savoir ceci ? Probablement par son fils, Alphonse, qui commandait donc un régiment de cavalerie à Waterloo. Avant l’exil du père, ils ont probablement échangé sur le sujet. Et peut-être aussi par Bernard, aide de camp de Napoléon, que Grouchy rencontra aux U.S. -Coppens évoque la transcription faite par Van Loben Sels concernant Bernard-.
    Mais, selon Coppens, Alphonse de Grouchy -le fils- ne racontera jamais rien sur son rôle le 18 juin (quels sous-entendus cache cette assertion…). Et ce serait là que résiderait le véritable mystère de Waterloo.

    Palsembleu, les Grouchy aussi firent donc partie du complot contre la vérité !
    Il y a juste un petit problème : le fils Grouchy a bien raconté quelque chose sur son rôle le 18 juin. Nous trouvons ceci dans les « souvenirs intimes et notes du baron Mounier (pages 197 à 199 de l’édition publiée en 1896 à Paris). Mounier y rapporte la conversation qu’il eut en août 1836 avec le fils Grouchy sur la campagne de 1815. Il écrit notamment : [..]Donc, à Waterloo, il avait une brigade, chargée de couvrir l’extrême droite de l’armée et de tâcher de lier avec le maréchal Grouchy. Un officier, qu’il avait envoyé de grand matin pour requérir des vivres, etc., dans les villages, revint lui dire qu’il avait trouvé des Prussiens qui l’avaient empêché d’avancer. M. de Grouchy conclut que c’étaient des troupes de Blucher en marche pour rejoindre Wellington, et la chose lui parut tellement grave qu’il piqua des deux, afin de se rendre auprès de l’Empereur. Il le trouva, sur les distances, avec Soult, auquel il conta son affaire. Soult lui conseilla d’en informer lui-même l’Empereur. Celui-ci l’écouta, puis lui dit : « Quel est l’imbécile d’officier qui a pu vous faire un rapport semblable ? Les Prussiens sont bien loin de là ! »
    M. de Grouchy retourna à sa brigade et, faisant part à l’officier de la réflexion impériale, il lui déclara qu’il fallait aller faire des prisonniers. L’officier partit avec quelques volontaires, et M. de Grouchy marcha pour le soutenir. Bientôt on prit deux fantassins et un hussard. M. de Grouchy s’empressa de les conduire au major-général. L’Empereur les fit interroger, et c’est d’après leurs déclarations qu’ils appartenaient aux brigades de Ziethen et Schmidt que, vraisemblablement, l’Empereur donna ordre à Mouton de marcher pour couvrir sa droite. Il était alors deux heures environ. »

    Ainsi donc, le fils Grouchy confirma la capture de prisonniers -dont un hussard, ce fameux hussard !- avant 14h mais en outre il suppose que Napoléon fit marcher le 6e corps vers l’est ensuite pour répondre à cette menace prussienne (voir mon exposé au sujet de la position du 6e corps dans le lien repris dans le message du 23 courant).
    A noter que Grouchy père avait dans son rapport du 17 juin à 22h écrit à Napoléon que des partis prussiens pourraient se joindre à Wellington, Napoléon sachant en outre depuis le 17 qu’une colonne prussienne avait retraité sur Wavre (rapport de cuirassiers de Milhaud probablement) puisqu’il fit écrire ceci à Grouchy le 18 matin.

    En résumé, il faut se résoudre à l’évidence : tous ces gens furent dès le XIXè des faquins sciemment associés au grand complot fomenté par Napoléon pour tromper la postérité. Et quoique Coppens ne fut destiné à naître qu’au siècle suivant, ces comploteurs s’acharnaient déjà à produire des témoignages et autres écrits contredisant ses thèses à venir. Ah, les vilains !
    Heureusement que pour élaborer sa vertueuse version des faits, Coppens a pris soin d’ignorer tous les extraits subversifs de tous ces incurables comploteurs…

    Bon, le rombier, avez-vous secoué vos zygomatiques ? Après les âneries sur la position du 6e corps, les itinéraires arbitraires définis pour les patrouilleurs de Marbot, cette petite démonstration sur l’heure de découverte d’une menace prussienne vous aura-t-elle amené vous défier des assertions de Coppens ? 🙂
    Gardez la réponse pour vous, mais si un jour l’envie vous titille de creuser ce sujet de Waterloo, faites-le à partir des sources et non à partir du baratin sélectif d’un idéologue trompant qui veut bien se laisser tromper.
    Des exemples concrets, j’en ai plein d’autres…

    Pour conclure, le rombier, je dois vous confier que vous m’avez peiné. Comment ? Ainsi : sur Amazon, vous n’avez attribué que quatre étoiles au sublime chef-d’oeuvre de Coppens alors qu’il vous était possible d’en mettre cinq. Cet épouvantable crime de lèse-Coppens est insupportable. Tout de même, c’est grâce à lui si le monde est aujourd’hui dessillé sur cette campagne, et ça fait plus d’une décennie qu’il s’échine sur les forums et dans ses bouquins pour convaincre son monde, relayé par ses petits amis qui reprennent généreusement le couplet partout où ils peuvent.
    Donc, je vous en conjure, réparez illico cet outrage amazonesque en attribuant une quinte étoilée à « Waterloo les mensonges ». Car si, sur un plan historique, ça ne vaut pas la moindre étoile, au niveau de la rigolade, c’est du top niveau.
    Continuez à soutenir les petits éditeurs et à partager vos avis de lectures.
    Et surtout, n’oubliez pas que je suis un fanatique farouchement attaché à colporter la légende initiée voici deux siècles, donc méfiez-vous de mes écrits sulfureux…
    Bon WE.
    🙂

  11. Bir Hacheim dit :

    @Le Vélite: et ben, vous avez des choses à dire ! Mais que diable vous a fait Coppens ? 😉 Vous ne répondez pas, et c’est dommage, à ma question sur les principaux ouvrages d’historiens sérieux que vous pourriez nous recommander. Pour le reste, je reste persuadé que vous êtes, tout comme Coppens, un authentique passionné de la campagne de Belgique ! Pour ma part, je suis plutôt actuellement dans les sables d’Afrique du Nord entre une Histoire des Berbères de Bernard Lugan et Rommel et la stratégie de l’Axe en Méditerranée de Vincent Arbaretier ! Ah le soleil brûlant d’Afrique ! 😉

  12. vélite des temps modernes dit :

    Si si, le rombier, j’ai répondu à votre question dès l’entame de ma précédente réponse : j’ai écrit qu’outre les classiques, il fallait lire une multitude de sources -mémoires, lettres, études- qui ne sont pas toujours reprises dans les classiques (notamment parce que publiés à date ultérieure par exemple).
    Dans votre critique du Barbero, vous indiquiez en 2008 que votre bibliothèque regorgeait d’ouvrages sur Waterloo. Il est donc probable que vous ayez lu ces classiques (par exemple, Mauduit, Charras, Houssaye, Cotton, Siborne, de Bas et de T’Serclaes ou encore Aerts) mais aussi bien d’autres témoignages et études. 😉
    Je n’ai donc pas énuméré une liste comportant une litanie de noms que vous connaissez au moins pour l’essentiel. Et vous savez donc qu’il est indispensable d’aller puiser dans cette multiplicité pour mieux cerner les faits. C’est d’ailleurs ce que Dangralle suggérait également.
    Ceci étant, si ce n’est fait, vous pouvez lire Largeaud -Napoléon et Waterloo- par exemple, dans les parutions récentes. Il s’y trouve notamment le récit inédit de Rullière, utilisé en partie par Charras de manière anonyme, à la demande de Rullière.

    La raison de mon amusement, concernant votre commentaire sur le livre de Coppens, tient dans votre conclusion :
    « Mais ne nous y trompons pas, nous avons là un ouvrage de fond, intéressant, utile, ouvrant bien des pistes. Il a donc toute sa place dans une bibliothèque consacrée aux guerres napoléoniennes ou au grand homme ! »

    Or, c’est exactement le contraire pour qui veut se donner la peine de confronter la teneur des sources -même en ne prenant que celles utilisées par Coppens- avec ce que l’auteur prétend qu’elles disent…
    Et comme vous avez dû lire au moins des classiques, contenant pas mal de sources citées, je suis surpris que vous n’ayez pas décelé des manipulations grossières dans la restitution de Coppens.

    Vous me répondiez le 23 mars que votre critique du livre portait plus sur la forme que le fond. Mais dans votre commentaire initial, vous écriviez qu’il s’agit d’un ouvrage de fond 😉
    Dangralle vous a pourtant mis en garde en écrivant que non seulement ce livre (je mets de côté Barbero que je n’ai pas lu) n’apportait rien de novateur mais qu’il comportait des erreurs nouvelles, si j’ose dire. Dangralle est sobre, moi j’écris que ce livre est un tissu mensonger, souvent volontairement, destiné à abuser le lecteur. Je persiste et je signe, quiconque voudra réfuter mon propos ou le contester pourra intenter toute action prévue par la loi…
    Faut bien rire !

    Non, le rombier, ce livre n’est pas intéressant, sauf pour décrypter la méthode qu’un idéologue utilise pour abuser autrui. Et vous êtes manifestement tombé dans le panneau pour l’essentiel. Le côté polémique du livre n’est absolument pas ce qui est essentiel, c’est juste l’arbre qui cache la forêt. Le fond du livre, c’est la restitution idéologique, via des assertions fausses, des sources tronquées ou des extraits sélectionnés à dessein, agencés de façon adéquate dans le but de leur faire dire ce que Coppens veut faire croire.

    Ecririez-vous du livre de Ribbe « le mensonge de Napoléon » qu’il est utile, intéressant, et ouvre bien des pistes ? Or, ce sont les mêmes méthodes utilisées, par Coppens et Ribbe. Le premier ambitionne manifestement de faire en 2015 la même chose que le second avait fait en 2005. Or, le coup de pub d’idéologues n’a rien à voir avec la connaissance de faits historiques.
    La propagande n’est pas interdite. Mais accuser des personnes -notamment décédées et qui ne peuvent répondre aux accusations dont elles sont l’objet- d’avoir triché, ce n’est pas neutre. Coppens éreinte des générations d’historiens, vous l’avez relevé. Charras ou Quinet ne sont pas épargnés malgré leur hostilité à Napoléon. Pourquoi pas, mais Coppens se targuant d’une démarche probe qui serait étayée par des preuves sourcées, alors qu’il triche tout au long du livre, voilà qui est profondément malhonnête.

    Vous vous posiez la question de savoir comment serait traité le bicentenaire, notamment au niveau français. J’espère qu’il le sera le plus ouvertement possible, avec la diversité la plus grande. Mais la diversité n’implique pas la duplicité.

    Vous vous demandez ce que m’a fait Coppens…;) comme déjà écrit précédemment, essentiellement beaucoup rire avec ses supercheries ! J’ai côtoyé ses méthodes sur un forum.. Mais l’essentiel est dans ce que cache, sous couvert de soi-disant recherches historiques, son objectif : ouvrir les yeux à cette humanité trompée par l’incommensurable complot destiné à cacher la vérité sur Waterloo, fomenté par Napoléon et tous les historiens, chercheurs etc. depuis deux siècles..
    Coppens l’indique page 463 : « Le problème est que l’histoire de la Révolution et de l’Empire, telle qu’on la connaît aujourd’hui, va toujours puiser aux mêmes sources et se nourrit des mêmes images partiales, unilatérales et truquées.
    Serait-il possible de nous dégager de cette vision, de renouveler l’image du passé et de l’adapter au présent ? C’est peut-être notre avenir qui en dépend. »

    Si vous ajoutez à ceci l’analogie faite avec Hitler, dans son livre -analogie assez soft cette fois mais présente-, que vous mixez avec les vertus humanistes que l’auteur revendique sur son site internet, vous obtenez une vue assez claire de la finalité de sa restitution.

    Sauf que tout ceci, c’est fort mis à mal par les méthodes employées pour arriver au but. Un vertueux qui trafique ses sources et les manipule pour leur faire dire ce qu’elle ne disent pas, c’est nettement moins vertueux que ce qu’il laisse croire.
    Charles-Antoine et Dangralle ont mis en garde, de façon très synthétique. J’ai développé cette mise en garde par des exemples concrets.
    Vous avez donc la possibilité de les vérifier et vos lecteurs aussi.
    Je vais livrer un dernier exemple.

    Dans le chapitre « Les Prussiens à Saint-Lambert », pages 187/188, Coppens écrit -au sujet de Napoléon- :
    « Dans le bulletin de la bataille, il masquera son imprévoyance en prétendant qu’il était au courant de l’approche d’un corps prussien par la capture d’une estafette prussienne :
    « A neuf heures du matin, la pluie ayant un peu diminué (…) le 6e corps avec la cavalerie du général d’Aumont, sous les ordres du général Lobau, fut destiné à se porter en arrière de notre droite, pour s’opposer à un corps prussien qui paraissait avoir échappé au maréchal Grouchy, et être dans l’intention de tomber sur notre flanc droit, , intention qui nous avait été connue par nos rapports, et par une lettre d’un général prussien que portait une ordonnance prise par nos coureurs. »

    Après avoir donné cet extrait du bulletin -retenez bien la césure introduite volontairement avec le sigle (…)- l’auteur enchaîne par :
    « Mais le major Damitz écrira :
    « Les Prussiens n’ont pas eu connaissance qu’un de leurs hussards ait été fait prisonnier. »

    Coppens continue ainsi :
    « Le déroulement et l’issue de la bataille , comme ils seront détaillés dans les pages qui suivent, nous amèneront à la conclusion que Napoléon a bel et bien été surpris par l’arrivée des Prussiens , et que cette histoire d’estafette et de lettre capturées avant neuf heures du matin est un mensonge. Mais pour s’en convaincre, il n’y a qu’à la comparer avec la version bien différente donnée à Sainte-Hélène. »

    Et Coppens de citer l’extrait donné dans les ouvrages de Gourgaud en 1818 et Napoléon en 1820.

    Maintenant, voyons ce que donne l’extrait du bulletin sans la césure (…) qu’il a introduit dans la phrase après « A neuf heures du matin, la pluie ayant un peu diminué »

    L’extrait non tronqué donne ceci :
    « A neuf heures du matin, la pluie ayant un peu diminué, le premier corps se mit en mouvement, et se plaça, la gauche à la route de Bruxelles et vis-à-vis le village de Mont-Saint-Jean, qui paraissait le centre de la position de l’ennemi. Le second appuya sa droite à la route de Bruxelles, et sa gauche à un petit bois à portée de canon de l’armée anglaise. Les cuirassiers se portèrent en réserve derrière, et la Garde, en réserve sur les hauteurs. Le sixième corps avec la cavalerie du général d’Aumont, sous les ordres du comte Lobau, fut destiné à se porter en arrière de notre droite, pour s’opposer à un corps prussien qui paraissait avoir échappé au maréchal Grouchy, et être dans l’intention de tomber sur notre flanc droit, intention qui nous avait été connue par nos rapports, et par une lettre d’un général prussien, que portait une ordonnance prise par nos coureurs. »

    En escamotant la partie qui a trait au déploiement de l’armée, donc dans une notion de temps qui s’écoule, le déploiement de l’armée ne se faisait pas en une minute -il s’est étalé jusqu’à onze heures environ pour l’essentiel des troupes-, Coppens fait croire que le bulletin implique la capture du prussien avant 9 heures…
    Vous avez compris ?
    Et le baratin contenu dans la suite de ce chapitre n’est pas triste non plus, concernant le fait que Napoléon aurait menti en déclarant avoir aperçu des Prussiens sur les hauteurs de Saint-Lambert.
    Ainsi, page 192, Coppens indique avoir recueilli l’opinion d’un policier de la commune et d’un gendarme de la brigade, tous deux connaissant bien le terrain ; il a interrogé le président du cercle d’histoire qui connaît les localités comme sa poche pour les avoir parcouru à vélo d’innombrables fois. Il a questionné la Bourgmestre, des agriculteurs qui exploitent les terres près de Rossomme. Tous confirment que l’on ne peut voir Chapelle-Saint-Lambert depuis le champ de bataille. Et Coppens d’ajouter « on ne voit en effet vers l’est qu’un rideau de collines boisées, sans le moindre point de repère qui permette de distinguer une quelconque localité, et il devait en être de même en 1815 ».
    Voilà qui en jette, une telle démonstration corroborée par un tel aréopage ! Et bien sûr, comment douter désormais que c’était de même en 1815 !

    Le seul problème, c’est que Napoléon n’a jamais écrit qu’il avait vu des Prussiens à Chapelle-Saint-Lambert mais sur les hauteurs de Saint-Lambert, ce qui n’est pas tout à fait la même chose…
    Qu’à cela ne tienne, Coppens réitère page 194, à propos du prussien Damitz (qui a écrit sur la campagne de 1815), en précisant que Damitz croit ce que Napoléon a inventé à Sainte-Hélène, à savoir qu’il a vu les Prussiens à Chapelle-Saint-Lambert avant de donner l’ordre à la grande batterie d’ouvrir le feu.

    Coppens connait très bien les écrits de Napoléon, et quand il « confond » le village de Chapelle-Saint-Lambert avec les hauteurs de Saint-Lambert, ce n’est pas le fruit du hasard.
    Quand il joue son couplet sur le fait qu’il est donc impossible d’avoir aperçu les Prussiens à 8 kilomètres de distance, il oublie aussi de citer le travail de l’historien belge Aerts sur ce point précis? Aerts est pourtant repris par Coppens dans son livre quand ça l’arrange, et sa bibliographie mentionne l’ouvrage qu’il a donc lu.
    Tenez, le rombier, ouvrez votre Aerts et lisez ce qu’il a écrit à ce sujet. Reprenez votre Siborne et lisez ce qu’à écrit un des cavaliers anglais de la brigade Vivian. Je ne vais pas vous mâcher pas tout le boulot, quand même 😉

    Ajoutez à ceci les exemples des messages précédents, ça donne un aperçu du manque de crédibilité historique. Mais si l’objectif est de piéger le lecteur, convenons qu’il est plus adroit.

    Bon, j’en ai fini avec Waterloo ici 🙂
    Ravi de vous avoir un brin distrait…

    Vu vos avis sur l’Indochine, elles sont pas mal vos lectures 😉 , vous pourrez à l’occasion jeter l’oeil sur :
    -les ailes te portent, de Fontanges
    -Tu survivras longtemps, de Mattéi (à lire bien sûr en parallèle du « Par le sang versé » de Bonnecarrère…)
    -Seul derrière les lignes, de Reuillé
    -Mission spéciale en forêt moï, de Riesen
    -Riz et pruneaux, de Gronier
    -légionnaire au Nord-Tonkin, de Caudron
    -médecin dans un bataillon muong, de Thabaut
    -médecin de bataillon, de Giudicelli
    -en quête de l’âme lao, de Chevoir
    -opium rouge, de Moinet
    -le lieutenant aux pieds nus, de Lebrun
    -lettres d’Indochine, de Reinach
    -la vie militaire dans le haut-Tonkin, de Menditte (auteur du bon témoignage sur 14-18 par ailleurs)
    -on m’appelait Bleu de Noir, de Arette

    avec bien sûr en toute priorité, l’incontournable « la geste française en Indochine » de Taboulet.
    😉

  13. […] récente avec un lecteur de ce blog au sujet de l’ouvrage de Bernard Coppens, « Les mensonges de Waterloo« , m’a apporté cette référence d’un auteur et d’un ouvrage que je […]

  14. vélite des temps modernes dit :

    Bravo 🙂 ce livre de Largeaud, voilà une lecture d’un véritable intérêt, sur Waterloo. Largeaud n’est pas historien autoproclamé fomentant des thèses farfelues pour abuser le lecteur.
    Je rectifie une erreur dans un de mes messages ci-dessus, le titre du livre de Ribbe est « le crime de Napoléon » et non « le mensonge de Napoléon ».
    Coppens et Ribbe ayant été conviés sur un même plateau télé en 2009, j’ai dû presque faire une assimilation inconsciente 🙂 entre les titres de leurs inénarrables pamphlets 😉

  15. […] l’écoutant, je me demande si Bernard Coppens, autre Belge bien connu des amateurs d’Empire, n’est pas passé par […]

  16. amerein dit :

    Pas besoin de longs discours sur ce sujet,
    Erckmann-Chatrian, dans « Waterloo » ont très bien décrit sous forme romancée ce que nous présente quasiment scientifiquement Bernard Coppens.
    D’autre part, Roger Caratini avait déjà bien annoncé le caractère mégalomane de Bonaparte, le créateur de sa propre légende lors de la campagne d’Italie.
    Caratini était prémonitoire dans son étude sur Bonaparte et B. Coppens confirme avec Emile Erckmann des désordres dus aux défaut de commandements à Waterloo.
    Il ressort de chez Erckmann que des actions évidentes n’étaient pas exécutées tant les généraux et les maréchaux étaient aux « ordres » du génie !

    • vélite des temps modernes dit :

      Pas besoin de courts discours non plus lorsqu’émaillés d’a priori.

      Une démarche quasiment scientifique pour Coppens ? Voilà qui me rappelle une rhétorique lue ailleurs. Une démarche scientifique truffée de supercheries « scientifiques »…
      Caratini, quelle sacrée référence !Il y a aussi Ribbe, Guillemin, notamment, dans le même registre. Rien que du lourd, du « scientifique »… Malheureuse « science ».

      Les généraux aux « ordres » de Napoléon, voilà qui explique sans doute pourquoi d’Erlon a finalement obéi à l’ordre de rappel de Ney, le 16 juin, plutôt qu’aux ordres de Napoléon pour tourner l’armée prussienne.

      Bref, tout ceci est bien dans la lignée des tirades de Coppens, qui fait bien rire ceux qui connaissent ses méthodes et les visées de ses inénarrables pamphlets.
      Sa propagande va nettement mieux que ses soi-disant démonstrations « scientifiques ».

      Le rombier, toujours pas lu le livre de J.M. Largeaud ?
      Vous vouliez de bonnes références sur Waterloo, lisez donc celle-ci, sinon la pile ne fera jamais volte-face !

      • jlsynave dit :

        Bonjour, cher vélite des temps modernes !
        Toujours pas lu, les chemins de l’histoire m’ont amené vers d’autres territoires depuis !
        Mais on se rapproche du moins de juin, quelques wargames arrivent aussi ! Bref, le canon va tonner dans la plaine. Vive l’Empereur ! 😉

        • vélite des temps modernes dit :

          Buenas tardes, senor rombier. Que vous êtes vilain, tout de même ! Cette lecture, je pense que vous ne la regretterez pas, c’est pourquoi j’insiste.
          Les canons de 1815 ont fait place, pour certains en 2015, à la quête de ceux de la renommée. Les boulets se sont juste déplacés, désormais nous les trouvons derrière la plume et plus dans le fût.

          Napoléon a eu la très mauvaise idée de mourir bien avant que je ne sois né, donc je ne l’ai pas connu.
          Aussi, « Vive l’Empereur ! » ou « A bas l’empereur ! », ça m’amuse tout autant mais je ne hulule ni l’un ni l’autre, même à heure tardive…
          Tout comme m’amusent les propagandistes de tous bords lorsqu’ils racontent n’importe quoi 🙂

  17. amerein dit :

    Quoiqu’on puisse penser sur Napoléon, je me reporte à un constat :
    Après avoir abandonné son armée en s’enfuyant d’Égypte, il tombe à pic dans une France désappointée et en crise politique, économique et militaire, prête à être envahie. D’accord. Mais de-là à ne cesser de se servir du message républicain-libéral pour soulever les bourgeoisies de toute l’Europe contre leurs Princes pour uniquement pratiquer le népotisme qui coûta ces millions de morts européens en quelques 10 années seulement, autant de morts que la Grande Guerre fit avec des moyens plus sophistiqués en 4 années et demie ! mais avec une population française et européenne bien moindre. (pour la France Napoléon disposait d’une France peuplée d’environ 27 millions d’habitants alors que lors de la WWI la France en comptait tout près de 40 millions)
    En comparaison, on imagine l’hécatombe !
    Et, pour arriver à quoi ?
    Je me le demande.
    La répétition se fit avec son neveu, tout aussi libéral, qui finit par à nouveau avoir toutes les armées européennes à Paris et la suite … Et nous sommes propulsés dans WWI.
    Là, nous subissons le diktat d’un autre « héro » : Joffre, et, une nouvelle saignée …
    Franchement, Coppens, Carattini, Tulard et bien d’autres … ont bien raison de poser ces questions et d’y apporter des réponses.

    • jlsynave dit :

      Tous les éclairages méritent d’être posés et entendus, y compris celui qui met Napoléon dans le camp des « libéraux » ! (je ne suis pas convaincu là…).
      De plus, tout mettre sur le dos de Napoléon pour les guerres dites napoléoniennes, c’est aussi un peu exagéré aussi… même s’il est le principal coupable…
      Enfin, je veux bien mettre dans le même sac (et ce n’est pas péjoratif) Coppens et Caratini mais Jean Tulard…. quand même pas !
      😀
      Bonne soirée et merci d’être passé par ici !
      Jluc

  18. […] en temps, il m’a fait penser à l’ouvrage de l’auteur belge Bernard Coppens: « Les mensonges de Waterloo« . Mettre trop d’agressivité dans la présentation de sa thèse et attaquer […]

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